Culture 文化
|
Texte
: Gérard Henry
|
Traduction : Chiu Chor Bing |
L’« espace collectif » chinois
L’espace « public » est un terme familier à nos oreilles fréquemment débattu
dans la société contemporaine, notamment dans le domaine de
l’urbanisme, et qui fait surtout référence à un espace physique.
L’espace « collectif » est une notion qui devient à la mode
et tend à remplacer celle d’espace « public », car elle permet
d’éviter l’opposition public-privé et prend en compte l’aspect
humain. Mais quand le jeune chercheur et commissaire d’exposition
Joshua Jiehong Jiang parle d’espace « collectif », il entend
« collectif » au sens littéral du chinois (jiti) celui d ’«
individus regroupés », vivant, étudiant, travaillant ensemble,
et il s’intéresse particulièrement à l’Histoire de son pays,
la Chine, où le « collectif » à été poussé à l’un de ses extrêmes,
le « collectivisme ».
L’exposition qu’il a présentée du 18 août
au 9 septembre à la Galerie 1a
space au Cattle Depot Artist Village était un ensemble de
documents visuels sur l’évolution
de cet espace collectif à travers
le temps. De la révolution culturelle à aujourd’hui, différents
photographes et artistes
témoignent de leur conception
de cet espace.
Les photos de Wang Shilong, magnifique
travail documentaire, nous replongent
dans ce qu’était la Chine dans ce rêve collectiviste, avec
ces vues de centaines de milliers
de personnes déplaçant des montagnes,
créant des barrages et des rivières, des foules si denses
que l’idée même d’individualité
en est totalement effacée. On
comprend que le « collectivisme » ne peut être possible que
si en amont une force idéologique
(politique ou religieuse) totalitaire
l’anime. Dans l’essai qui accompagne l’exposition Jiehong
Jiang relate
ces épisodes de l’histoire du
collectivisme, du Grand Bond en avant jusqu’à la Révolution
culturelle.
Mais quand l’esprit s’est éteint, que
reste-t-il de cette utopie ? Les masses humaines ont disparu,
il ne reste que les espaces où elles ont évolué et quelques
vestiges lointains, slogans à demi-effacés par le temps, portraits
écaillés de Mao sur des ruines éventrées… C’est ce que montrent
les photos de Wang Tung qui a entrepris en 1995 une longue
série documentaire intitulée Vestiges de la révolution culturelle.
Shao Yinong et Mu Chen photographient quant à eux depuis 2002
les halls d’assemblée (Da litang) où avaient lieu les meetings
révolutionnaires, construits dans un style soviétique avec
une tribune où était glorifié le héros communiste ou au contraire,
disgracié et condamné le contre- révolutionnaire. Certains
sont restés aujourd’hui tels quels comme s’ils avaient été
abandonnés précipitamment, d’autres ont été reconvertis en
ateliers, restaurants, usines ou écoles. Des lieux qui semblent
encore hantés par les voix qui y ont résonné.
Comment exprimer la dureté et parfois
même la cruauté de cette époque qui a ravagé un grand nombre
de vies maintenant que le temps a passé et que de nouvelles
générations sont apparues. Les gardes rouges qui avaient 20
ans en 66 au début de la révolution culturelle ont maintenant
plus de 60 ans. L’artiste Hai Bo offre un témoignage silencieux
de cette époque. Dans sa série « Eux » (Tamen), il présente
une photo d’un groupe prise en 1966 et ce même groupe dont
il a recherché les survivants phographiés en 1999. Les chaises
vides témoignent des absents, les visages, des vicissitudes
de leur vie.

Qu’en est-il de l’espace collectif aujourd’hui
? Pour une grande partie de la
population urbaine, il s’agit
de la vie dans les cités d’habitations publiques à loyer
modéré
qui, aux yeux de l’artiste Xiang
Liqing, sont devenues le modèle
résidentiel de la vie chinoise, le « produit visuel le plus
évident de l’économie socialiste
planifiée ». Xiang accumule
les fenêtres de ces habitations
et les serre les unes contre
les autres en un puzzle coloré,
évoquant les énormes concentrations
de population qui y vivent dans un espace restreint.
Le peintre Ma Yunfei peint parallèlement
les constructions et abris
temporaires des maçons et manœuvres qui construisent
les cités chinoises du futur.
Il s’intéresse aussi à cet
autre espace collectif des cités chinoises qu’expérimente
tout voyageur
en Chine qui tient à prendre
le pouls de la vie réelle du
pays : le bus de ville !
Pour les plus jeunes artistes de cette
exposition, Zhao Xin et Huang
Mingzhan, qui ont vécu depuis leur naissance sous la politique
de « portes ouvertes » de
la Chine, l’espace collectif
est celui intouchable physiquement et visuellement des autoroutes
de l’information, un espace
collectif virtuel établi par
internet où il n’y a plus de contact physique où, comme sur
SMS, on entre avec des pseudonymes et
de fausses identités. Un espace
où l’individu se dissimule constamment, où l’on peut facilement
être dupé car la réalité
et la virtualité s’y mélangent
d’une façon inextricable. Joshua Jiehong Jiang a réuni 11
artistes dans cette exposition qui
illustre la propre recherche
qu’il fait en ce moment à l’Institut d’Art et de Design de
Birmingham. Un catalogue bilingue (chinois/anglais)
reproduisant les photos des artistes
et contenant un essai de Jiehong Jiang préfacé par Johnson
Chang Tsong-zung accompagne
l’exposition et est en vente
à la galerie 1a space.
retour
中國的《集體空間》
“公共”空間是一個我們耳畔常常聽到的名詞,也是現代社會經常爭論的議題,猶其是有關城市規劃方面,它代表的是一種實質上的空間。“集體”空間的概念已成為一種時尚,更有取代“公共”空間的趨勢,因為它不但避免了公共/私人兩者之間的對立,同時又兼顧到人性方面。但當青年學者兼策展人姜節泓談及“集體”空間時,他所指的“集體”是中文字面上的意義,即“(人的)集合的群體”,人們因著生活、學習和工作聚在一起,而他對自己的祖國,即中國的歷史特別感興趣,在中國,“集體”的義意已被推至極限,變成“集體主義”。
他在牛棚藝術村1a
space展覽廳舉辦的展覽(由八月十八日至九月九日)是一系列視像的檔案,當中紀錄了集體空間由文化大革命至今日等不同年代之演變過程,多位攝影家及藝術家各自以不同的方式表達他們對集體空間的領會。
王世龍的照片,一批珍貴的紀錄,帶我們再次回到當時正陶醉於集體主義夢想中的中國,照片中我們看到成千上萬的群眾齊心協力移山、填海、造河、築霸等,人群數目之多甚至將個人的概念完全刪除了。大家都明白到“集體主義”若沒有極權主義(政治或宗教)的勢力在背後推動是不可能實現的。在姜節泓為展覽而特別撰寫的一篇短評中他詳述了集體主義,大躍進直至到文化大革命這幾段時期的歷史。
但是,當燃點精神理念之火熄滅了,這理想社會還留下些甚麼呢?人群不見了,留下的只是一些人群已散去的空間和遠方的一些廢墟;被歲月洗得發白的標語;頹垣敗瓦中顏色剝落的毛澤東像⋯⋯
王彤的照片中所展示的就是這些了。自一九九四年起,王彤對一個名為“文革遺景”的系列進行長時間的資料搜集和拍攝工作。至於邵逸農和慕辰,他們二人從二零零二年開始拍攝《大禮堂》系列,文革時期的會議都是在這些前蘇聯式建築風格的大禮堂中進行,每個大禮堂都有一個主席台,從台下走到台上的人可能是被表彰的英雄,也可能是被打壓的反革命者。有部份大禮堂至今仍保留原貌,就像是被人匆忙地放棄一般,其餘的被改變了用途,成了工場、餐廳、工廠或學校。這些地方,在寂靜的時候似乎仍回盪著當年的聲音。
今天,過去的已成過去,新一代又誕生了,如何去將那摧殘了無數生命,艱辛,甚至是殘酷的年代表達出來。一九六六年文革初期,年方二十歲的紅衛兵至今已六十多歲了。藝術家海波對那時代提供了沉默的見證。在他的《他們》系列中,他展示的一張照片是一班人攝於一九六六年的合照,一九九九年,他找到這班人中的生還者並為他們拍了一張照片。空著的椅子見證著不在世的人,而他們的面容則見證著他們飽經風霜的生活。
今日的集體空間又是如何的呢?對大部份都市居民來說,那代表了在租金廉宜的公房社區中的生活,但在藝術家向利慶的眼中,這些廉租的住宅公房已成為了中國人的典型居所,是“社會主義計劃經濟下最實在的視覺產物”。向氏將這些公房的窗戶一個接一個緊貼地連在一起,做成一幅色彩繽紛的砌圖,使人聯想到在一個有限的空間內密集地住著一大群居民。畫家馬雲飛繪畫的同樣是住宅,但卻是隨著中國新一代城市的興起而悄然而生的另類建築形式:俗稱工棚的城市民工的臨時住宅。馬雲飛同時對“公共汽車”這另一種集體空間甚感興趣。
這次展覽中最年輕的藝術家趙馨和黃明展,他們由出生至今都是在一個改革開放的中國中成長。集體空間對他們來說就是那觸摸不到、虛擬的資訊網絡,在這個由互聯網建立,虛擬的集體空間內再沒有實質上的身體接觸,正如我們用虛假的身份和名字登入聊天室。在這個空間內,人不停地掩飾個人的身份,在這個空間內,人很容易受騙,因為在當中,真實與虛擬混在一起難以分辨。 |
 |
 |
 |
回到主頁
|