Art
et Histoire 藝術與歷史
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Texte
: Frank Vigneron
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Traduction
: Wong Yak Tak |
I Like Hong Kong VI :
Dé/territorialisation
au bistrot
L'intérêt pour les cultures locales n'est pas
nouveau, les Romantiques du XIXe siècle avaient déjà recherché leurs racines
dans l'imaginaire et la musique populaire pour définir des styles qui devaient
êtres accueillis par un public international. Mais les motivations de ces auteurs
et artistes étaient de partir du particulier pour arriver à l'universel et
les origines populaires de ces œuvres d'art devaient être complètement transformées
en un langage artistique différent, celui de l'art élevé des musées et des
galeries d'art privées. De la même façon, dans les années 1980, des groupes
d'artistes-peintres comme les Italiens de la Transavanguardia ou les Allemands
du Néo-Impressionnisme furent les premiers à la « mort de la peinture » annoncée
par les artistes de l'art conceptuel. Ces peintres réactivèrent un retour à
l'image qu'ils voyaient à la fois comme une attaque contre cet art conceptuel
des années 1970 et un retour à leurs racines culturelles. Comme Irving Sandler
l'écrivit dans Art of the Postmodern Era. From the Late 1960s to the Early
1990s : « Ironiquement, l'intérêt croissant envers l'identité nationale était
devenu si international qu'un «look» national aidait les artistes à obtenir
une reconnaissance internationale ».
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| • Liang
Chi-wo 梁志和, (1968-), Untitles (after «Dream
of a Path» (城西夢續),
1996, set of five oil
on paper, each 244
x 60 cm. |
Depuis, les identités nationales,
terme qui était souvent équivalent
à « nationalité » dans les années
1980, commença dans les années
1990 à se fragmenter de plus en
plus. Nombre d'artistes n'étaient
désormais plus français, allemand
ou espagnol, mais français breton, allemand bavarois ou espagnol catalan.
Même s'il y a de nos jours un
débouché commercial sur le marché
de l'art international pour ce
genre d'œuvres, les artistes qui
vivent dans des régions considérées
comme provinciales par les marchés américain ou européen semblent avoir un
intérêt croissant pour la création orientée vers les publics locaux. Les
exemples abondent d'ailleurs, depuis les Chicanos vivant des deux côtés de
la frontière américano-mexicaine, jusqu'aux artistes philippins, vietnamiens
ou indonésiens. De même, la presse internationale spécialisée fait de plus
en plus d'efforts pour documenter l'œuvre de ces artistes. Les ouvrages ainsi
produits montrent des suggestions et des situations qui ne prendront tout
leur sens que pour les gens vivant dans le même environnement culturel que
les artistes. Cela a été dit fort souvent, mais il est toujours bon de répéter
que, pris hors contexte, ces travaux perdront une grande partie de leur sens
d'origine (celui insufflé par l'artiste), mais ce sens sera souvent remplacé
par une aura d'exotisme et de mystère qui sera aussi précieuse en tant qu'argument
de vente dans des villes comme New York, Londres ou Paris. Une grande partie
des œuvres faites par des artistes chinois, sur le continent, à Taiwan, Hong
Kong ou dans les quartiers chinois du monde entier, tireront un avantage
certain de cette aura d'exotisme sur le « marché international » qui veut
encore dire le marché de l'art occidental.
Ce qui apparaîtra plein de sens,
touchant ou révoltant à un participant
de la tradition d'origine d'une
œuvre sera au contraire voilé de
mystère, et donc tout aussi intéressant,
à un témoin de l'extérieur. En
définitive, et indifféremment de
l'origine du regard sur l'œuvre,
celle-ci apparaîtra pleine de sens
à toutes les parties concernées
mais pour des raisons différentes.
Cette façon de toucher un public international paraît, pour le meilleur ou
pour le pire, celle dont beaucoup d'artistes occupés à toucher un public
local produisent leur travail : une véritable polysémie. Leur indifférence
apparente au marché de l'art international est souvent rationalisée en une
acceptation d'une large variété d'interprétations de leurs œuvres, quelles
que soient les contradictions que de telles interprétations peuvent faire
naître (et le silence intéressé d'un artiste tel que Xu Bing 徐冰 envers les
discours des critiques d'art montre bien que l'artiste ne veut pas prendre
position). Plus que jamais et plus souvent que dans les parties les plus
favorisées du monde, les artistes de ces régions « provinciales » se sont
exclus de ce processus d'interprétations pour voir, amusés et curieux, ce
que leurs œuvres créeront chez un public étranger en termes de regards et
de sensations.
Pour en venir enfin aux artistes
de Hong Kong, je ne voudrais pas
faire croire que la sélection d'artistes
suivant soit en quelque façon que
ce soit représentative des artistes
du territoire. C'est une liste
totalement subjective et faite
expressément pour tenter d'illustrer
les notions que j'ai introduites
dans la première partie de ce chapitre.
Que les nombreux autres artistes
de Hong Kong qui pensent communiquer
quelque chose d'autre qu'un esprit
local me pardonne donc d'avance.
De plus, je dois bien l'admettre,
il y a dans ce choix quelque chose
d'un goût pour l'exotisme de ma
part, un exotisme qui ne prend
pas sa source dans la carte postale
touristique je l'espère, mais dans
la recherche d'une atmosphère résolument
autre, quelque chose qui échappe
totalement à ma francitude. Il faut le répéter, si une certaine forme d'art
contemporain trouve ses sources dans des formes de culture locale, il ne
faut pas espérer que les non-initiés puissent comprendre d'emblée ce que
les initiés saisissent instantanément. Même après quatorze ans à Hong Kong,
je me tiens encore sur les bords de la culture hongkongaise, la regardant
de très près certes, mais toujours de l'extérieur. Ce choix est donc simplement
le mien (celui d'une personne née à Hong Kong mais éduquée en France, marié
à une hongkongaise, parlant un peu le mandarin et le cantonais, etc.) et
il ne veut même pas tendre pas à l'exhaustivité car celle-ci est impossible
dans cette période où toutes les formes d'art sont possibles et prêtes à
être reçues par leur propre public.
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• Peinture
catalan : Antoni Tapies (1923),
Relief Gris en Quatre Parties,
1963, peinture et sable sur
toile, 150 x 217 cm Cologne,
Museum Ludwig. |
Après les trois artistes locaux
présentés dans l'article du Paroles
de Septembre/Octobre 2005, et qui
posent des questions essentielles
sur des thèmes abordés par de nombreux
artistes contemporains, les problématiques
concernant le corps et le temps
dans l'art, je vais enfin passer
au thème de l'identité culturelle
hongkongaise dans l'art produit sur le territoire. Même si nous avons déjà
vu que la vidéo d'Ellen Pau ne prend tout son sens que dans le contexte de
la culture populaire et plus particulièrement la culture populaire de Hong
Kong, il est d'autres aspects de l'identité culturelle du territoire qui
ont déjà été explorés avec beaucoup de brillance par des artistes qui se
considèrent hongkongais.
Pour en revenir au Cha Chan Ting,
c'est vers un véritable classique
que je voudrais me tourner maintenant.
Créé pour une mémorable exposition
de l'espace indépendant PARA/SITE,
pendant laquelle l'artiste avait
gravé le menu d'un de ces restaurants
à même le sol de béton de la galerie,
cet estampage se trouve maintenant
dans le musée des Beaux Arts de
Hong Kong. L'artiste Leung Chi-wo
梁志和 , qui a aussi participé à la
biennale de Venise en 2001, se
livre ici à une variation sur la
dichotomie art élevé / art populaire.
Prendre un texte sans aucune valeur
culturelle, c'est-à-dire n'appartenant
pas au canon de la littérature
classique chinoise, pour lui donner
un statut d'icône en lui accordant
le traitement réservé aux classiques,
c'est-à-dire le graver dans la
pierre, est déjà un acte qu'on
pourrait qualifier de lèse-majesté.
Qu'il ne s'agisse pas de pierre mais de béton ne fait qu'amplifier l'étrangeté
d'un geste encore aggravé par sa dernière étape vers l'immortalité : être
transféré sur du papier comme les grands classiques de la calligraphie eux
aussi conservés dans la pierre.
Une autre couche de signifiant
peut être ajoutée à ce complexe
acte culturel en le rapprochant
du traitement que certains artistes
conceptuels ont réservé à l'institution
des musées archéologiques et autres
musées de l'homme. Comme Sophie
Calle mettant un seau en plastique
moderne dans une vitrine réservée
à des vases datant de la plus haute Antiquité, Leung Chi-wo nous éveille
à l'absurdité de certains arrangements muséologiques qui confèrent le statut
d'art élevé à des objets dont l'emploi originel était purement fonctionnel.
C'est donc aussi au musée comme machine à fabriquer de la culture que l'artiste
s'attaque et il nous rappelle par la même occasion que c'est le contexte
qui crée l'œuvre d'art et non une quelconque valeur intrinsèque. La valeur
esthétique est devenue entièrement relative dans l'art contemporain et l'emploi
par Leung Chi-wo d'un référant aussi indépendant des concepts traditionnels
de l'art chinois montre à quel point la vie de tous les jours, et son enracinement
dans l'identité culturelle d'une population, peut être effective.
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我愛香港(六):茶餐廳裡的疆界消失
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| • Peinture
bavarois : Franz Marc (1880-1916),
La
Vache Jauen, 1911, huile
sur toile, 140 x 189.2 cm.
Solomon R. Guggenheim Museum,
New York |
對地方文化的興趣並非新鮮事物,十九世紀的浪漫主義藝術家已經在想象及大眾音樂中尋找其根源,將其打造成可為普世接受的風格。但這些藝術家的目的在於由特殊出發以達至普遍。而藝術作品的原始民間風格必須完全被改造成另一種藝術語言,即藝術博物館和畫廊展出的高級藝術品。同樣,在八十年代,一些畫派如意大利的超先鋒派及德國的新表現主義第一個起來反對觀念主義畫家宣稱的〝繪畫已死〞的觀念。這些畫家重新回歸形象,把這視為對七十年代興起的觀念藝術的反擊及回歸自己的文化之根。正如歐文.桑德勒(Irving
Sandler)在其《60年代末至90年代初的後現代主義藝術》 (Art ofthe Postmodern Era. From the late 1960s
to the Early 1990s)一書裡所言:〝諷刺的是,對於民族認同日愈高漲的興趣竟變成如此國際化,致使具民族色彩的‘外觀'竟助畫家獲得國際公認。〞
此後,民族認同,這個八十年代有時等同〝民族性〞的術語,到了九十年代便開始分化。從此許多畫家不再簡單地稱作法國、德國或西班牙畫家;而是布列塔尼法國、巴伐利亞德國或加泰羅尼亞西班牙畫家。
這類繪畫雖然今天在國際藝術市場有銷路,但這些被歐美市場視為區域性的藝術家為本地觀眾創作的興趣日趨強烈。這情況非常普遍,從居於美國和墨西哥邊界兩側的奇卡諾人的藝術家直至菲律賓、越南、印尼的藝術家,盡皆如此。而國際上的藝術出版機構也愈來愈努力收集出版這些藝術家的作品。這些藝術作品的含義、理念只有對和藝術家同居一地的觀眾才能盡顯其義。這有點老生常談,但在這裡重提一下不無益處,即易地而處,這些畫作便將失去大部份為畫家所注入的原有風味,但卻常為一種異國情調、一種神秘色彩所代替。這也是這些畫在紐約、倫敦、巴黎這些大城市走俏的原因。中國大陸、台灣、香港以及世界各地華人地區畫家的作品在仍自稱歐洲藝術市場的〝國際市場〞上,就靠異國情調這點而大收其利。
富地方風格傳統的藝術品的創作者看來充滿意義,無論令人感動抑或令人厭惡的東西,相反,對局外人而言,似乎蒙上一層神秘色彩,也因此同樣饒有趣味。總之,如果不理會藝術品原有的旨趣,則出於各自的理由,人們都會覺得它充滿意義。這種感動世界各地觀眾的方式,好歹成了志在感動地方觀眾的畫家的創作指引:真正含義多重。他們對國際藝術市場表面的冷漠可以由以下這點得到合理解釋,即他們欣然接受對他們作品的眾說紛紜的解讀,儘管這些解讀常常自相矛盾(畫家徐冰對畫評人的言論保持沉默,正說明了畫家不願採取既定立場)。這些區域性藝術家不參與對藝品的詮釋解讀,他們饒有興趣地、好奇地探視他們的作品從視覺和感受上究竟對外國觀眾產生了甚麼作用。
最後且來談談香港藝術家,我以下選擇的幾位藝術家並不一定是香港畫壇的代表。這個選擇純屬主觀,意在闡發我在第一章提到的觀點。在此,懇請許多其他有意傳遞香港精神以外信息的畫家朋友鑒諒。此外,應該承認,在我的選擇中有我個人對異國情調的偏愛,但這不是從旅遊明信片中獲得的,而是從與我的法國性截然不同的、完全屬於另一種氛圍的研究中獲得。應該再次重複,如果一件當代藝術品根植於地方文化,則不應希望外行人能像內行那樣即刻明白其涵義。我雖然旅居香港十四載,但對香港文化也只能說剛沾到邊,當然是作近距離觀察,但總是作為局外人。這個選擇純屬個人喜惡(這是一個生於香港、在法國受教育、與香港人結縭、略諳普通話和粵語的人的選擇),這個選擇也決無求詳之意,再說欲求詳盡,在這個時代亦不可能,因為各種形式的藝術品皆可出現並為公眾所接受。
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•Peinture
breton : Pierre Tal-Coat
(1905-1985), Abstrait, huile
sur toile, 45.7 x 54.6 cm
collection privé |
在《東西譚》2005年9/10月一期上,我們介紹了三位本地藝術家,他們就當代藝術家關心的主題提出了一些根本問題,如有關人體及藝術中的時間問題。現在,我想探討一下本地創作的藝術中香港文化認同的問題。儘管我們已經看到,鮑靄倫的錄像製作只有在大眾文化的背景下,尤其是在香港的大眾文化背景下才能盡顯其義。還有一些自稱香港人的藝術家對香港本土文化的各方面成功地作了探討。
現在再回來談談茶餐廳,這是我想探討的一個典型。在Para/Site藝術空間一次值得紀念的展覽期間,藝術家梁志和將茶餐廳的餐牌雕刻在畫廊的水泥地上。這作品的拓本現藏於香港藝術博物館。梁志和亦曾參加2001年威尼斯雙年展。他這件作品是對二元對立:高級藝術/大眾藝術的一重變化。他將毫無文化價值,亦即和中國古典文學沾不上邊的一些文字刻在石頭上,賦予他崇高地位,這舉動已經足可被視為大不敬。更何況不是刻在真正的石頭上,而是水泥地上,這就增加了其荒誕。最後又像對待刻在石上的古代大家的手蹟一樣被拓下來,送進博物館永存,這就更加大逆不道了。
我們將這個複雜的文化舉動和一些觀念藝術家對待文物博物館或其他博物館的態度相比較,就另有一層意義。如索菲.卡勒(Sophie Calle)將一個日常用的塑膠水桶置於展覽遠古器皿的櫥窗裡,梁志和亦提醒我們注意博物館對一些文物處理的荒謬,常把一些古代日常生活用品提升到藝術品的高度。藝術家攻擊的是好比文化製造機的博物館,同時也提醒我們是環境創造了藝術,而非一種純粹的價值。在當代藝術裡,美的價值完全是相對的。梁志和獨立於中國藝術傳統的創作說明了日常生活,以及植根於大眾的文化認同,是多麼地卓著有效。 返回主頁
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