
Certains projets viennent de très loin. Dès la petite enfance, Isabelle Oble aimait se promener au hasard dans la campagne, seule, en quête d'un lieu où le ciel domine, un lieu caractérisé par une grande immensité, un lieu porteur d'imaginaire, un désert.
Aujourd'hui, équipée d'un appareil photographique, elle poursuit cette même quête dans son travail. En effet, elle va dans la campagne, dirigée et poussée par un désir précis d'objets ou d'infrastructures installées dans un espace très ouvert. L'objet qui la fascine est cependant curieux, ce sont les énormes volumes créés après la moisson par les meules de paille que les agriculteurs couvrent de bâches en plastique pour les protéger des intempéries. Autrefois ces meules étaient abritées sous des hangars, aujourd'hui elles restent en plein champ.
« Parler de la quête d'un espace où le ciel domine, signifie pour moi se laisser envahir, imprégner, immerger par un inaccessible, par le lointain et l'immense. Les volumes bâchés organisent l'espace et le structurent, espace dans lequel je tourne et je m'introduis. Ce cadre m'attire également pour son côté vertigineux, inquiétant voire oppressant où se construisent, se mettent en place les éléments de la réflexion qui portent mon regard. »
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A l'occasion d'une de ces promenades, ces meules de paille bâchées ont retenu son attention : leurs dimensions et leurs
volumes délimitent à ses yeux un univers à caractère monumental, voire démesuré et dont les formes viennent structurer l'espace. La matière en bâche plastique qui recouvre ces meules, favorise et révèle les mille possibilités de réflexion du ciel, une matière plastique également intéressante par sa masse et son opacité, sa richesse de textures, ses plis et la force de ses lignes.
Les tensions produites par l'empaquetage des volumes dégagent elles-aussi des forces qui viennent soutenir un sentiment d'inquiétante étrangeté, la tension nécessaire à la création.
Elle attache une importance déterminante à la « désertitude » du lieu, à son absence apparente de vie humaine, animale ou même végétale. Un espace qui interroge la pensée et stimule sa création. Un espace qu'elle recrée entièrement.
Ces prises de vues sont systématiquement effectuées en lumière naturelle avec parfois l'utilisation de flash, alors que pour les vues argentiques, les négatifs font l'objet d'une numérisation par scanner. Si elle continue son travail de séries photographiques sur les volumes bâchés, elle a également en projet une série de prises de vues en ambiance de nuit avec un travail sur la lumière (Light Painting) et toujours sur le volume caractéristique essentiel de son œuvre. Elle travaille ainsi sur d'autres formes créées par des structures telles que l'univers des docks avec l'empilement de containers, les wagons de fret (travail sur la bâche et le mouvement) en gare de marchandises et les détails de carlingues d'avions sur tarmak déserté en ambiance nuit et crépuscule.
« Par la photographie, je m'approprie le lieu découvert et je me donne les moyens en pénétrant et en tournant autour du lieu, de produire sous forme de plans successifs, un univers structuré et onirique porteur de sens que je peux montrer, transmettre, » souligne-t-elle. 
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