Bertrand Lavier, artiste français, né à Châtillon-sur-Seine en 1949, est depuis maintenant plus de trente ans une référence et une source d'influence importante dans l'art contemporain européen. Proche d'autres artistes français de sa génération tels que Daniel Buren et Christian Boltanski, sur le tracé intellectuel de Marcel Duchamp plus que de celui des artistes pop américains, il crée des expositions composées d'œuvres d'art à partir d'objets de la vie courante, souvent industriels, ou s'en inspirant.
Bertrand Lavier re-invente le concept de « ready-made » en provoquant un dialogue entre les objets détournés, leur nouvelle esthétique et leur présentation au sein de l'exposition. Ces « bissociations » ont pour but d'établir, en combinant provocation et séduction, une relation symbiotique entre les objets, rendant le banal exceptionnel et nous poussant à nous interroger ainsi sur notre notion du réel et de l'art. Ou comme Bertrand Lavier le dit lui-même : « Lutter avec le réel teste la notion d'Art » et vis versa.
La dernière fois que le public asiatique a pu s'étonner et questionner sa perception de la réalité devant les œuvres de Bertrand Lavier était lors d'une exposition à la galerie Kamakura de Tokyo en 1992. L'exposition rétrospective organisée à la galerie Art Statements en collaboration avec la galerie Yvon Lambert durant le mois de mai de cette année est donc non seulement le grand retour en Asie de cet artiste singulier mais c'est également un événement majeur pour la scène culturelle hongkongaise et régionale.
Les œuvres exposées ont été spécialement sélectionnées par l'artiste et ont été créées entre 1982 et 2007. Elles peuvent être catégorisées de trois façons distinctes ; les peintures « bi ou tri colors », les sculptures « bissociation » et les pièces 2D métalliques.
Les peintures, dont l'idée initiale date de 1994, posent la question de la différence de perception d'un même concept, à travers l'interprétation différente d'une même couleur. Comme Magritte avec son « Ceci n'est pas une Pipe », Bertrand Lavier utilise, sur les tableaux « Rouge Ferrari » et « Mandarine par Duco et Ripolin » deux mêmes couleurs, côte à côte. Cependant, provenant de marques différentes, leur rendu diffère sur la toile et un contraste apparaît.
Parmi les sculptures exposées le « Pastel Furnitures, Sanyo » datant de 1988 se perçoit tout d'abord tel qu'il est, c'est-à-dire comme une chaise sur un réfrigérateur ! Cette œuvre illustre parfaitement le dialogue symbiotique que Bertrand Lavier impose aux objets et le détournement des codes de la réalité – ici des codes de la sculpture - qu'il en fait. En effet, le réfrigérateur tient la place du piédestal, objet faire-valoir par excellence, alors que la chaise, objet usuel tout aussi banal, accède soudainement, par cette mise en scène et cette hiérarchie des codes, au statut envié d'œuvre d'art.
Le découpage métallique 2D intitulé « Pacific Blue Picasso » est un autre exemple intéressant des détournements et des re-interprétations dans l'œuvre de Bertrand Lavier. En taillant une partie de l'aile d'une Citroën Picasso à l'endroit même où se trouve la signature, en repeignant le métal tout en laissant visible les traces de pinceaux, lui donnant ainsi une nouvelle identité artistique, et en accrochant cette pièce dans une galerie, l'artiste re-interprète l'objet utilitaire en le faisant devenir œuvre d'art. Le fait de devenir une « peinture » lui donne sa première légitimité et la signature non seulement la rend illustre mais Bertrand Lavier permet ainsi à cette dernière, à travers une sorte de kidnapping artistique, de re-intégrer son environnement originel.
Le travail de Bertrand Lavier, exposé dès 1975 a été montré dans de nombreuses biennales et expositions (Venise, Sidney, Sao Paulo, Dokumenta) et musées (Centre Pompidou, Guggenheim, MoMa New York, le Louvre, Tate Gallery Londres, Kunsthalle Berne etc.)